Mercredi 19 novembre 2008 3 19 /11 /Nov /2008 15:10
"Héritage de mots, héritage d'idées" est en quelque sorte le testament spirituel de Léon Brunschvicg puisqu'il fut terminé (en exil) à Aix-Les-Bains, le 10 novembre 1943 , soit deux mois avant la mort du philosophe survenue le 18 janvier 1944.
On peut lire le livre en différents formats (pdf, doc, rtf) sur le site de "Classiques" qui publie peu à peu la totalité de l'oeuvre de Brunschvicg:


http://classiques.uqac.ca/classiques/

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/brunschvicg_leon.html

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/heritage_de_mots.html

Cet article entend étudier plus particulièrement le chapitre 5 du livre : DIEU, qui est à l'adresse suivante  (format rtf, pages 54 à 69):

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/c5

Du point de vue de ce blog il s'agit sans doute de l'un des textes les plus importants de Brunschvicg, et donc de toute la litérature "philosophique" mondiale. Il est clair en effet que depuis le début de sa carrière philosophique vers 1893, la vocation de Brunschvicg est d'abord religieuse, c'est à dire selon nous pleinement philosophique, la philosophie étant conçue comme acheminement de l'âme vers DIEU , pour parler comme Saint Bonaventure ; mais il s'agit ici du DIEU des philosophes, soit la Sagesse, qui seule peut unifier l'humanité dans LA Religion universelle basée sur la philosophie et la science, et qui n'a rien de commun avec LES religions, source de guerres incessantes.
Selon Gilson qui l'a bien connu puisque comme beaucoup d'autres, il fut son élève, Brunschvicg en vieillissant accordait de plus en plus d'importance à la vie religieuse et spirituelle, opposant sans cesse la conversion véritable aux fausses conversions religieuses (Gilson dit perfidement qu'il opposait ainsi sa conversion considérée par lui comme vraie à celles des autres considérées comme toutes fausses). Voir sur le livre de Gilson "Le philosophe et la théologie" :

http://www.blogg.org/blog-76490-billetbrunschvicg_raconte_a_gilson_sa_liberation_du_judaïsme-922879.html

et, pour le texte partiellement accessible du livre sur Google:

http://books.google.fr/books?id=b1h629TmxxAC&pg=PA31&lpg=PA31&dq=Brunschvicg+evangile+Jean&source=bl&ots=LryGH9HNxU&sig=yy2Xgrb_A1VVdPrANQ8f1aQnBKQ&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=4&ct=result#PPA32,M1

Dès le début du chapitre 5 (pages 54-55), Brunschvicg oppose Pascal et Spinoza comme les deux penseurs dont les oeuvres "figurent comme les deux extrémités de la pensée religieuse". Cette opposition, qui lui est propre, est accompagnée de différentes "harmoniques" : opposition entre Ancien et Nouveau Testament, entre ordre sociologique et ordre spirituel de la religion, raison et conformisme ou dogmatisme, ordre de la lettre (littéralisme) et ordre de l'esprit.




Par topos - Publié dans : DIEU des philosophes et des savants
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Présentation

  • : Le DIEU des philosophes et des savants
  • : La conversion à la spiritualité de l'idée pure s'oppose complètement à la fausse conversion à un culte religieux, dans la mesure où, entre le Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob et le Dieu des philosophes et des savants aucun compromis n'est envisageable

Redresser l'esprit


"Il ne s'agit plus pour l'homme de se soustraire à la condition de l'homme. Le sentiment de notre éternité intime n'empêche pas l'individu de mourir, pas plus que l'intelligence du soleil astronomique n'empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s'installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l'instant du présent, qui permet d'intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l'expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l'avenir. Rien ici qui ne soit d'expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l'univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu'une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne"

Léon Brunschvicg

Dieu des philosophes

"le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial de Pascal du 23 novembre 1654: entre le Dieu qui est celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires"

(
Léon Brunschvicg, séance du 24 mars 1928 dite "querelle de l'athéisme" à la société française de philosophie)

"Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser
en termes nets et francs le problème que l'éclectisme cher-
chait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien
dépend la vocation spirituelle de l'humanité. Dira-t-on
que nous nous convertissons à l'évidence du vrai lorsque
nous surmontons la violence de l'instinct, que nous refu-
sons de centrer notre conception du monde et de Dieu
sur l'intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d'une ambi-
tion fallacieuse
lorsque nous prétendons, vivants, échapper
aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour
respirer dans un monde
sans Providence et sans prières,
sans sacrements et sans promesses ?

La clarté de l'alternative explique assez la résistance à
laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée
de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait
pas acception des personnes, un
Dieu qui n'intervient pas
dans le cours du monde et en particulier dans les événe-
ments de notre planète, dans le cours quotidien de nos
affaires,
« les hommes n'ont jamais songé à l'invoquer ».
Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle
de Dieu, il s'agît si peu du Dieu auquel pensent la plupart
des hommes que, si, par miracle, et contre l'avis des
philosophes. Dieu ainsi défini descendait dans le champ
de l'expérience, personne ne le reconnaîtrait"

 (Brunschvicg, "Raison et religion")

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